09/09/2006

Témoignages

Sur ce blog, je souhaitais pourvoir poster des témoignages de harcèlement. Voici celui de Judith, 26 ans.

 

A la recherche d’un emploi, j’obtins enfin une place de secrétaire dans une cellule de relations publiques. Lors de l’entretien, je ne rencontrai que le directeur, son collaborateur étant absent pour raison professionnel. De retour de son voyage, je me rendis compte que le bras droit en question était un ancien petit ami.

Plus d’une fois, nous allâmes boire un verre et nous nous remémorâmes le bon temps. Cela n’alla pas plus loin jusqu’au jour où Jean se mit à me séduire et me fit comprendre qu’il souhaitait entretenir une relation plus intime avec moi.

Gentiment, je refusai la proposition en pointant que je désirais travailler dans une bonne ambiance sans qu’il y ait la moindre ambiguïté puisque nous travaillions dans la même cellule.

Les jours suivants, Jean commença à me dénigrer auprès du directeur, lui prétextant que je ne savais pas prendre de responsabilités et que je n’étais qu’une petite écervelée.

Dans mes attributions, j’avais la gestion de certains dossiers et je devais, à chaque démarche l’en avertir pour obtenir son approbation. Lorsque je devais prendre contact avec des gens pour solutionner le problème, il argumentait que s’il téléphonait lui-même, la situation se débloquerait plus vite.

Je devais, en plus, faire la chasse aux informations pour compléter les dossiers.

Comme sur tous les lieux de travail, il arrivait que se produisent des petits conflits entre collègues et lorsque nous lui en parlions, il estimait que cela ne le regardait pas. Nous n’avions qu’à nous débrouiller, nous étions assez grandes pour régler nos petites querelles de bonnes femmes.

Sans se tracasser de l’impact que cela pouvait provoquer, Jean alla se vanter qu’il avait couché au moins une fois avec chaque fille de la cellule. Pas contente, j’allai le trouver pour lui faire savoir qu’il était peu respectueux de raconter de tels mensonges dans l’entreprise.

Il a répondu qu’il n’y avait rien de méchant, qu’il avait dit cela une seule fois par boutade.

Pensant réellement que j’avais encore des sentiments pour lui, il me testa et me raconta qu’il entretenait une relation avec une collègue d’une autre cellule. Il espérait me voir faire une crise de jalousie et que j’en vienne à me crêper le chignon avec la collègue pour sa grande satisfaction.

Constatant qu’il n’arrivait pas à me toucher, il me dénigra à nouveau auprès du directeur et colportait des mensonges à mon sujet dans l’entreprise. Il me faisait sans cesse des reproches sur mon travail et s’arrangea pour que mon évaluation soit négative.

N’arrivant plus à supporter la situation, je me retrouvai en congé de maladie pour dépression et six mois plus tard, je reçu mon C4.

 

 

 

Si comme Judith vous avez subi du harcèlement et que vous désirez témoigner vous pouvez me contact par mail.

Commentaires

La loi a des lacunes La loi sur le harcèlement au travail suppose que l'employé souhaite garder son travail dans un rapport de lutte des classes. S'il souhaite changer de travail, rien n'est fait pour préserver ses droits sociaux et les avantages de son CDI. L'employé harcelé n'a pas de véritable choix : soit il reste dans l'entreprise sphère d'influence du harceleur, soit il se coupe lui-même par démission de ses droits sociaux. Seule la procédure médicale permet à l'employé de se soustraire à l'influence du harceleur tout en gardant ses droits. En confiant au médecin le pouvoir de prononcer la rupture de contrat, la loi prive l'employé de la possibilité de la fuite. Cette situation de non choix pour l'employé donne au harceleur un pouvoir de pression supplémentaire. L'idéal pour le harcelé serait de disposer d'un régime de flexisécurité, lui permettant de trouver un nouveau travail dans une sphère plus paisible. En l'état de la loi, la meilleure option du harcelé est de se libérer de ses facteurs de stress, afin d'empêcher le harceleur d'avoir une quelconque prise sur lui. Il reste que le harceleur a tout autant que sa victime un besoin d'aide et de gestion du stress. Comme il est lui-même dans le déni de sa propre souffrance, le scénario le plus probable est que sa victime craque, et que lui reste en place jusqu'à l'arrivée d'une prochaine victime. Ce n'est pas sain pour l'entreprise, ce n'est pas sain pour les victimes, et ce n'est pas sain pour le harceleur.

Écrit par : Jean-Pierre Norguet | 03/01/2009

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