16/10/2006

le harcèlement au travail

Qu’est-ce que le harcèlement au travail ?

 

Ce sont les conduites abusives et répétées de toute origine, externe ou interne à l'entreprise ou l'institution. Elles se manifestent notamment par des comportements, des paroles, des intimidations, des actes, des gestes, et des écrits unilatéraux, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à la personnalité, la dignité ou l'intégrité physique ou psychique d'un travailleur ou d'une autre personne lors de l'exécution de son travail, et, de mettre en péril son emploi ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant.

 

Cette guerre des nerfs regroupe deux phénomènes :

-         l’abus de pouvoir

-         la manipulation perverse

 

Cette violence au travail prend naissance de manière anodine et se propage sournoisement.

Au début de l’agression, la personne visée va prendre à la légère piques et brimade sans se formaliser. Ensuite, ces attaquent vont devenir de plus en plus fréquentes et la personne visée va être régulièrement mise à en état d’infériorité, soumise à des manœuvres malveillantes et dégradantes pendant plusieurs semaines et à force, la victime perd une partie d’elle-même. Elle revient chez elle, usée, humiliée et abîmée.

 

Il est normal que dans un groupe existe des conflits (c’est même sain). Mais lorsque des remarques blessantes surviennent sans qu’il y ait des excuses après un mouvement d’énervement ou de mauvaise humeur, on peut commencer à se poser des questions sur la nature de l’acte agressif. Le phénomène destructeur est constitué principalement de la répétition des vexations et d’humiliations.

 

C’est une machine infernale qui s’est mise en route et qui détruire tout sur son passage. C’est une agression effrayante parce qu’inhumaine, sans état d’âme et sans pitié de la part de l’agresseur.

 

Le plus terrible, c’est la désolidarisation des collègues soit par lâcheté, égoïsme ou par peur d’avoir à leur tour des représailles.

 

La relation conflictuelle s’accentue de manière de plus en plus agressive : haine pour l’agresseur et peur de voir ou rencontrer son persécuteur pour la victime. S’en suivent pour la victime des comportements pathologiques qui serviront de prétextes dévalorisants (quoi que puisse faire la personne visée, tout se retournera contre elle) par son ou ses agresseurs.

 

La manœuvre de l’attaquant est de pouvoir complètement déstabiliser, porter la victime dans une confusion totale et à la faute.

 

La victime est complètement désemparée car elle se sent seule face à cette situation. Elle ne se sent pas défendue par l’entreprise qui laisse dégénérer la situation, en refusant de prendre position face au conflit existentiel.

 

Malgré ce que l’on peut penser, ce sont les personnes qui ont la capacité de résister à l’autorité en dépit des pressions qui sont les cibles de harcèlement. L’hostilité au travail se met en place lorsque la victime réagit à l’autoritarisme d’un supérieur ou d’un collègue et refuse de se laisser asservir. En d’autres termes, les victimes ne sont atteintes d’aucune pathologie ou d’une faiblesse quelconque malgré ce que les agresseurs essaient de faire croire. Ce sont des personnes équilibrées et rationnelles.

L’agresseur porte atteinte à la victime par le processus de dévalorisation. Cette dépréciation mise en place est acceptée et cautionnée par le groupe, de la victime par le harceleur. Cette dévaluation donne apparemment une raison valable à la cruauté exercée contre la personne ciblée.

 

Le seul tort que l’on pourrait reprocher aux victimes, c’est d’être des travailleurs perfectionnistes, investis dans leur job et désirant être impeccables.

 

Soit par ses qualités, la victime fait de l’ombre à son agresseur, ou bien, paradoxalement, l’agresseur a peur de perdre les bons et loyaux services de la victime (par exemple de l’employée enceinte).

 

Lorsque le processus de harcèlement est mis en place, la victime est critiquée : on dit qu’elle est difficile à vivre, qu’elle a mauvais caractère, qu’elle est folle. On prétend que c’est sa personnalité qui est la conséquence du conflit et on oublie qui elle était auparavant dans un autre contexte.

Poussée dans ses retranchement et à bout, il n’est pas rare qu’elle devienne ce que l’on veut faire d’elle. Une victime ne peut être au maximum de son potentiel. Elle devient inattentive, inefficace et, devient dès lors, sujet aux critiques sur la qualité de son travail.

 

L’agression au niveau du travail à deux identifications : l’agression horizontale ou verticale.

 

L’agression horizontale 

 

Un (e) collègue agresse un (e) autre collègue

 

A l’heure actuellement, notre société tend bien que mal à installer l’égalité entre les individus. Cette mise en place est malgré tout difficile à être acceptée :

-         une femme dans un groupe d’hommes (dans certains corps de métier) ou inversement, un homme dans un groupe de femmes ;

-         l’homosexualité ;

-         la différence raciale ;

-         la différence religieuse ;

-         la différence sociale,…

Le respect et l’acceptation de l’individu qui est différent du groupe font place à des plaisanteries grossières, des gestes obscènes, au mépris et au refus de prendre en considération le travail fournis.

 

Le prétexte le plus usité est le « bizutage » (forme de baptême pour entrer dans le groupe), phénomène qui est au prima bord anodin ; tout le monde en rit, certaines personnes n’ont pas d’autre choix que de suivre le mouvement sinon elles seront sujettes à des représailles.

 

L’hostilité peut venir d’un sentiment d’envie à l’égard de quelqu’un qui possède quelque chose que les autres n’ont pas :

-         beauté ;

-         richesse ;

-         qualités relationnelles,…

Ou l’agression peut venir dans les inimitiés personnelles liées à l’histoire de chacun des parties ;

 

Ou encore dans la compétitivité, se faire valoir au dépend de l’autre.

 

Ce qui est regrettable, c’est que les entreprises sont conscientes des conflits qui existent en leur sein mais se montrent incapable de gérer au mieux la problématique,

-         soit en fermant les yeux ;

-         soit en donnant la responsabilité de gérer le problème par une personne qui n’est pas habilité à s’en occuper.

 

L’agression verticale

 

Un supérieur agressé par des subordonnés

 

Phénomène plus rare mais qui existe cependant.

 

Un supérieur venant de l’extérieur, dont les méthodes et le style ne plaisent pas aux subordonnés, et, qui ne fait aucun effort pour s’imposer ou s’adapter à son nouveau poste.

 

Cela peut être également un collègue promu au poste de supérieur.   

 

La difficulté est lorsque le descriptif des objectifs du service n’ont pas été au préalable établis et que les tâches du nouveau supérieur viennent empiéter sur celles des subordonnés.

 

Un subordonné agressé par un supérieur

 

Cette position est très fréquente à l’heure actuelle. On aliène les salariés en leur faisant croire qu’ils doivent être prêts à tout accepter pour garder un emploi, sinon ils filent droit vers le chômage.

L’entreprise n’intervient pas dans la manière donc le supérieur dirige les subordonnés.

Peu importe si sa gestion est faite de façon tyrannique ou perverse. L’entreprise ne remettra pas en cause le supérieur soit parce ce que cela l’arrange ou que cela ne lui paraît pas important.

Mais les conséquences peuvent être très lourdes pour le subordonné.

On parle d’abus de pouvoir lorsque le supérieur se prévaut de sa position hiérarchique d’une manière démesurée et harcèle ses subordonnés de crainte de perdre le contrôle. C’est le pouvoir des petits chefs.

Et de manœuvre perverse lorsque l’individu a besoin pour se rehausser d’écraser les autres, ou qui a besoin pour exister de démolir un individu choisi comme bouc émissaire. 

 

Comment l’agresseur empêche sa victime d’agir

 

Pour rappel, l’agresseur a besoin de garder le pouvoir et de contrôler de sa victime. Il va, pour cela, utiliser des manœuvres d’apparences innocentes mais qui vont devenir de plus en plus brutales, si la personne cible résiste aux assauts de son agresseur.

 

Le harceleur va, d’abord, faire en sorte que sa victime perde tout sens critique jusqu’à ce qu’elle ne sache plus qui a tort ou qui a raison.

 

Puis, l’agresseur, par manœuvres subtiles et psychologiques ;

-         va installer la victime dans des situations de stress ;

-         va la houspiller à la moindre occasion sans que celle-ci comprenne pourquoi ;

-         l’agresseur va observer ses faits et gestes afin de pouvoir la disqualifier à tout moment,…

 

Le harceleur va installer la victime dans une situation dans laquelle celle-ci va se sentir en permanence sur le qui-vive, sans qu’elle sache pourquoi et afin qu’elle ne comprenne pas ce qui se passe.

Dès lors, la personne cible est poussée dans ses derniers retranchements et pense que pour se sortir de cette situation mortifère, elle doit accepter toujours plus en pensant que ce qu’elle est en train de vivre est passager. Le calme reviendra après la tempête.

 

D’instinct, la victime sait qu’elle est en danger mais ne sait pas exprimer ce qui est insupportable dans la situation qu’elle vit.

 

Le harcèlement au travail passe par différentes étapes dont le point commun est un refus de communication au sein de l’entreprise et qui incite les agresseurs à agir en toute impunité.

 

 

Les différentes étapes du harcèlement au sein de l’entreprise ou de l’institution

 

Refus la communication directe

 

Le principe de manœuvre du harceleur, c’est d’empêcher l’autre de penser, de comprendre et de réagir. Il va s’y employer en adoptant des attitudes de disqualification et sans prendre la peine de donner la moindre des explications sur son attitude.

 

Il refuse d’admettre qu’il y a conflit et le pourquoi du conflit. 

 

Face à ce déni de la part du harceleur, la victime ne sait pas ou plus comment agir et pouvoir se défendre face à cette attitude silencieuse. De cette manière, l’agression peut se poursuivre sans aucune limite.

 

De manière perverse, le harceleur va faire comprendre à la victime qu’il ne lui porte que très peu ou pas du tout de considération, qu’elle est même inexistante à ses yeux et cela par le biais du silence et de la non communication.

 

Si le harceleur décide de sortir de son mutisme relationnel, il va s’employer, au niveau des reproches à formuler, à être des plus flous ou imprécis afin de pouvoir installer divers interprétations et malentendus inter et extra-personnels.

 

 La victime, ne comprenant pas l’attitude instaurée par l’agresseur, va se poser des questions au point de culpabiliser et de se remettre plus d’une fois en question afin de trouver une solution pour pouvoir « plaire » à son agresseur.

 

Pourquoi plaire ?

 

Dans toutes relations, quelles soient amicales ou professionnelles, nous avons besoin d’être reconnus par les autres et ce, en voulant faire bonne impression.

 

L’attitude de l’agresseur est de faire comprendre à la victime qu’elle lui déplait sans dire ouvertement pourquoi.

Par survie et d’instinct, la victime va essayer, par divers comportements, à plaire, à ce faire accepter par son harceleur. D’où cette incessante remise en question et la culpabilité de ne pas comprendre et d’échouer dans ses tentatives de réconciliations.

 

Cette maltraitance relationnelle est d’autant plus cruelle que le harceleur sait que la victime s’est donné comme mot d’ordre d’arriver à faire accepter à tout prix par cette personne qui lui pourri l’existence professionnelle. Malheureusement, rien ne peut changer ou attendrir son assaillant moral.

 

La disqualification

 

Contrairement à la violence physique, la violence morale est basée sur des comportements hypocrites, rien n’est au vu et au su de tous. De plus cette violence morale ne permet aucune réplique et est pratiquée de manière sous- jacente : 

-         soupirs excédés ;

-         haussement d’épaules ;

-         regards méprisants

-         des non-dits ;

-         des sous-entendus ;

-         allusions déstabilisantes ou malveillantes ;

-         remarques désobligeantes,…

 

Le doute est ainsi amené progressivement chez la victime. Elle va se poser des questions sur ses compétences professionnelles, et, le harceleur par cette attitude remet en question tout ce que la victime a dit ou a fait.

 

Discréditer

 

Dans le harcèlement moral, discréditer : c’est mettre le doute dans l’esprit des autres :

-         en insinuant :

-         en dénigrant ;

-         en calomniant ;

-         en utilisant le mensonge,…

 

C’est également tenir un faux discours structuré de sous-entendus, de non-dits, en introduisant des malentendus pour l’exploiter à son avantage.

Pour détruire la victime et jusqu’à qu’elle perde totalement confiance en elle, le harceleur va la ridiculiser, l’humilier, la couvrir de sarcasmes.

Il va également l’affubler d’un surnom ridicule, se moquer ouvertement d’un détail physique ou d’une défaillance de la victime.  Le harceleur va s’arranger pour que la victime connaisse les moqueries à son sujet sans qu’elle puisse pour autant s’en défendre.

 

Le résultat escompter par le harceleur, c’est que la victime vienne à craquer, à s’énerver ou à déprimer pour justifier le harcèlement.

 

Isolement

 

Dans la destruction psychologique, il faut que la victime ne puisse pas se défendre, et pour cela, il faut l’isoler en détruisant ses relations au sein de l’entreprise ou de l’institution.

 

Diviser pour mieux régner !

 

L’isolement se fait par des insinuations ou des préférences affichées afin de provoquer des jalousies, on sème la discorde en montant les gens les uns contre les autres.

La déstabilisation se fait par le biais des collègues et non par le harceleur lui-même. Le harceleur a manipulé son entourage pour ne pas être mis en cause dans ce qui se passe envers la victime.

 

Brimer

 

C’est donner à la victime des tâches qui ne correspondent pas à ses qualités professionnelles pour lesquelles l’entreprise l’a engagée. Ces sont des tâches :

-         inutiles ;

-         dégradantes ;

-         qui ne font pas partie des objectifs de son emploi ;

-         qui risque de le mettre en danger,…

 

C’est fixer des objectifs ou des engagements qui sont impossibles à tenir, qui obligent à rester tard le soir ou à revenir le week-end, pour ensuite voir ou entendre dire que le dossier ou le rapport si urgent est jeté à la poubelle ou ne sera pris en considérant par la suite.

 

Pousser l’autre à la faute

 

Un des petits jeux que le harceleur aime provoquer dans sa disqualification est de pousser sa victime à la faute afin de pouvoir mieux la critiquer ou la mieux rabaisser pour arriver au résultat que la personne agressée ait une mauvaise image d’elle-même.

C’est une attitude est très facile à adopter :

-         par le mépris ;

-         par la provocation ;

ce qui va amener à un moment donné, la victime à devenir agressive et être emportée par la colère au vu de tous. Bien entendu, les élans colériques de la victime vont confirmer ce que le harceleur a pu dire sur la victime.

 

L’entreprise encourage le phénomène

 

Le harcèlement est approuvé silencieusement par l’entreprise sous forme d’encouragement ou en refusant de voir l’existence du phénomène en son sein.

 

Les ressources humaines de l’entreprise savent prendre des mesures autoritaires face à un salarié incompétent ou qui n’est pas suffisamment rentable. Malheureusement, ils ne savent ou ne veulent pas prendre de mesures face un membre du personnel irrespectueux ou désagréable à l’égard de son ou ses collègues.

Pour le service des RH, les problèmes qui peuvent exister entre collègues relèvent du « domaine privé » et les responsables ont trouvé comme parade de respecter ce fameux domaine relationnel. Ce qui prime, c’est la rentabilité et non le relationnel. Le monde du travail est un monde d’adultes dans lequel les salariés sont assez grands pour se débrouiller entre eux.

 

Le responsable qui se refuse de s’immiscer dans le domaine relationnel des salariés, est-ce vraiment une attitude de respect à l’égard du personnel ? N’est-il pas un manque de considération ?

 

L’entreprise oublie de faire face à l’émulation de certains de ses membres. Ces salariés finissent par perdre repères et se laissent convaincre que pour arriver au sommet, il faut absolument écraser l’autre.

 

La règle de la majorité des entreprises de nos jours est : la concurrence acharnée, froideur et dureté qui considérée dans la compétition comme une attitude saine. Peu importe les moyens utilisés pour arriver, les maillons faibles sont à éjecter.

 

 

Lorsque l’entreprise est désorganisée ou dépressive ou qui se refuse à toute concertation, elle est génératrice de stress et crée ainsi des conditions favorables à l’expression de la perversité.

 

Physiologiquement, le stress est une adaptation de l’organisme face à une agression. Pour les animaux s’est une réaction de survie. En principe, devant une agression, nous avons le choix : fuir ou combattre. Pour le salarié, il n’y pas de choix. L’organisme humain réagit en trois phases :

1)      alerte

2)      résistance

3)      épuisement 

Malheureusement, l’entreprise demande aux salariés de travailler dans l’urgence, de trop et d’être polyvalents.

C’est par ces brèches organisationnelles que certains individus assoiffés de pouvoir s’acharnent contre d’autres individus en toute impunité.

 

Il y a différentes manières de se débarrasser d’un salarié encombrant, même si on n’a rien à lui reprocher :

- le licenciement économique, on parle alors d’une réorganisation du service en supprimant son poste ;

- le licenciement par la faute, on lui donne des tâches difficiles et on cherche ses faiblesses ;

- la démission, on le fait craquer psychologiquement par du harcèlement.

 

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